Une nouvelle ère pour la régulation des jeux d’argent en Afrique francophone
Par Sophie Dumas, analyste du secteur des jeux — spécialiste des évolutions réglementaires en Afrique francophone
Les autorités de plusieurs pays francophones d’Afrique amorcent depuis 2023 une réforme majeure de leurs cadres légaux relatifs aux jeux de hasard et d’argent, avec pour objectif de mieux encadrer un marché en forte croissance, tout en limitant les risques liés à la dépendance et aux pratiques illégales.
Au Sénégal, notamment, la LONASE (Loterie Nationale Sénégalaise) bénéficie d’un renforcement de son positionnement grâce à une nouvelle loi adoptée fin 2023, qui vise à moderniser la régulation des jeux, en incluant désormais la dimension numérique et les paris en ligne. « Cette réforme est essentielle pour sécuriser les opérations et garantir la transparence des flux financiers », explique Mamadou Diop, directeur juridique à la LONASE.
Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large, touchant également le Burkina Faso et le Cameroun, où les autorités ont lancé des consultations en vue de créer des agences nationales dédiées à la supervision des jeux d’argent. En Côte d’Ivoire, le gouvernement œuvre à une harmonisation des règles pour intégrer la montée des jeux virtuels dans un marché traditionnellement dominé par les jeux physiques et les paris sportifs.
D’après une étude récente publiée par la Banque mondiale, le marché francophone africain des jeux d’argent en ligne a connu une croissance moyenne annuelle de près de 25% entre 2020 et 2023, portée par l’accès croissant à l’internet mobile et aux solutions de paiement dématérialisé comme Orange Money ou MTN Mobile Money. Ce dynamisme pose toutefois la question de la régulation et de la protection des consommateurs, notamment en matière de prévention contre le jeu excessif.
En France, l’Autorité Nationale des Jeux (ANJ) continue d’apporter son expertise pour accompagner certains pays de la région dans leurs évolutions réglementaires, partageant retours d’expérience et bonnes pratiques. Le régime français très strict sur la publicité et les limitations des opérateurs privés est souvent cité en exemple pour freiner les excès.
« La régulation des jeux d’argent doit être adaptée aux spécificités culturelles et économiques locales », estime Claire Mbaye, responsable des politiques publiques au sein du cabinet d’audit AccessGaming basé à Dakar. « La montée en puissance des paris en ligne, notamment à travers des sites comme premier bet tanzania, qui restent populaires y compris en Afrique francophone, montre à quel point le cadre légal doit évoluer rapidement pour encadrer ce secteur sans le freiner. »
Par ailleurs, la taxation des revenus issus des jeux d’argent fait l’objet de débats vifs dans plusieurs pays. D’un côté, l’État y voit une source importante de recettes publiques pour financer des politiques sociales, mais de l’autre, une pression fiscale excessive risque de favoriser la montée de l’informel et des paris illégaux.
Le cas du Maroc est souvent examiné comme un modèle de régulation stricte, ayant permis d’endiguer le marché parallèle tout en favorisant l’innovation dans les offres légales. Ces exemples nourrissent les réflexions dans les fédérations et agences régulatrices en Afrique francophone.
Le secteur veille par ailleurs à renforcer les mesures de jeu responsable, avec des campagnes de sensibilisation et le développement d’outils pour détecter les comportements à risque. La problématique de l’addiction est désormais au cœur des préoccupations, portée aussi par des ONG et organismes de santé publique.
Les experts anticipent que l’année 2024 sera charnière avec la mise en œuvre concrète de ces nouvelles législations, qui influenceront l’ensemble du paysage ludique francophone, du Sénégal à la République Démocratique du Congo, en passant par la Côte d’Ivoire et le Mali. Cette transformation devrait aussi questionner la place des jeux d’argent dans les stratégies de sponsoring sportif, où la prudence est de mise face aux critiques croissantes.
Selon une note publiée par Statista, le chiffre d’affaires du secteur des jeux d’argent en Afrique francophone pourrait atteindre près de 1,2 milliard d’euros d’ici 2025, sous réserve que les régulations encouragent un marché transparent et équitable. Ces enjeux posent un défi majeur aux décideurs locaux, entre opportunités économiques et impératifs de protection sociale.
Sophie Dumas couvre l’évolution des marchés des jeux d’argent et des politiques publiques en Afrique francophone. Ses analyses considèrent l’équilibre entre développement économique et enjeux de santé publique.